Nouvelle classe de feu L : feux électrochimiques de batteries aux sels de lithium
L’évolution normative en matière de sécurité incendie franchit une étape déterminante.
La norme internationale International Organization for Standardization ISO 3941 (février 2026) introduit une nouvelle classe de feu “L”, dédiée aux :
Feux électrochimiques de batteries aux sels de lithium
Cette classification est appelée à être intégrée prochainement dans la norme européenne et française Comité Européen de Normalisation NF EN 2 en matière d'extincteurs, référence en matière de classes de feux.
Pourquoi une nouvelle classe ?

Les batteries aux sels de lithium présentent des caractéristiques radicalement différentes des combustibles traditionnels :
- Réaction électrochimique interne auto-entretenue
- Phénomène d’emballement thermique (thermal runaway)
- Production de gaz inflammables
- Risque de ré-inflammation spontané
- Difficulté d’extinction conventionnelle
Contrairement aux feux de classe A, B ou C, il ne s’agit pas uniquement d’un combustible externe : le phénomène est intrinsèque au système électrochimique.
La création d’une classe dédiée traduit donc la reconnaissance officielle d’un risque industriel et technologique spécifique.
Positionnement normatif
La norme ISO 3941 (02/2026) établit cette nouvelle classification.
Son intégration dans la norme NF EN 2 aura plusieurs conséquences :
- Identification formelle du risque dans les documents techniques
- Harmonisation européenne de la terminologie
- Évolution future probable des exigences d’équipement
Point clé : les foyers types
À ce stade, la définition de foyers types normalisés pour tester les extincteurs reste en suspens.
La situation pourrait être comparable à celle des feux de classe D (métaux) :
- Absence de foyer type universel
- Marquage laissé à l’initiative des fabricants
- Essais spécifiques selon la technologie visée
Autrement dit, le marquage “L” pourrait, dans un premier temps, fonctionner comme un indicateur déclaratif encadré, plutôt qu’une performance certifiée par un protocole harmonisé unique.
Ce que cela change concrètement
L’apparition de la classe L aura un impact direct sur :
1️⃣ Les fabricants d’extincteurs
- Développement de solutions spécifiques
- Justification technique des performances
- Communication normative encadrée
2️⃣ Les exploitants et assureurs
- Réévaluation des analyses de risques
- Adaptation des plans de prévention
- Mise à jour des référentiels internes
3️⃣ Les environnements concernés
- Stockage industriel de batteries
- Plateformes logistiques
- Ateliers de maintenance
- Bornes de recharge et mobilité électrique
- Systèmes de stockage d’énergie (BESS)
Analyse experte
La création de la classe L marque une rupture conceptuelle :
Jusqu’à présent, les classes de feux reposaient principalement sur la nature physique du combustible. Ici, la norme reconnaît un mécanisme réactionnel autonome, lié à la chimie interne d’un système énergétique.
Cela ouvre plusieurs interrogations techniques majeures :
- Peut-on réellement “éteindre” un emballement thermique ?
- Faut-il privilégier le refroidissement massif ?
- Quelle distinction entre extinction, inertage et confinement ?
- Comment normaliser un phénomène aussi variable selon les technologies de batteries ?
La normalisation avance, mais la doctrine opérationnelle reste en construction.
Conclusion
L’introduction de la classe de feu L – Feux électrochimiques de batteries aux sels de lithium constitue une évolution structurante du paysage normatif incendie.
Elle acte la montée en puissance des risques liés à l’électrification massive des usages industriels et de mobilité.
Cependant, en l’absence actuelle de foyers types définis, son application pratique dépendra largement :
- Des orientations européennes futures
- Des essais développés par les fabricants
- Des retours d’expérience opérationnels
La classe L ne clôt pas le débat technique.
Elle l’officialise.
