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Intervenir sur un feu de liquide inflammable

Intervenir sur un feu de liquide inflammable

I Comprendre le phénomène d’inflammation d’un liquide inflammable

Le feu de liquide

On entend par « feux de liquide inflammable », les feux de dérivés pétroliers liquides (essence, gasoil, fuel etc.) qui ne se dissolvent pas dans l’eau, les feux de divers solvants comme les solvants polaires (alcool, acétone…) qui eux se dissolvent dans l’eau, et les feux d’huiles et de graisses minérales et végétales.

Caractéristiques d’un liquide

Généralités

C’est un fluide, c’est-à-dire un corps dont les molécules sont faiblement liées entre elles, ce qui lui permet de prendre la forme interne de son contenant. Il peut également facilement s’écouler et se répandre rapidement, augmentant considérablement sa surface de contact avec l’oxygène de l’air ambiant, donc sa surface enflammée et sa chaleur. Il est aussi très facilement projetable.

Les liquides émettent des vapeurs. La vaporisation est la transformation totale ou partielle en gaz d’une matière. On parle de « vapeur », pour désigner un gaz qui s’échappe naturellement d’un corps. On parle de « gaz », pour désigner des vapeurs enfermées volontairement dans un réservoir ou une tuyauterie. Chimiquement, un gaz ou une vapeur sont identiques .

Le domaine (fourchette) d’inflammabilité (explosivité) des vapeurs d’un liquide

En fait, ce n’est pas le liquide qui brûle directement, mais les vapeurs (gaz) qu’il dégage .

Pour que ces vapeurs s’enflamment, il faut qu’elles soient mélangées à l’air dans leur domaine d’inflammabilité. Le domaine d’inflammabilité d’un gaz (vapeur), correspond à tous les mélanges possibles de ce gaz inflammable avec l’air ,qui brûlent. Par exemple pour l’essence SP 98, ces mélanges inflammables vont de 1,4% à 8,7% de vapeur SP98, mélangées à l’air pour une température de 15° Celsius (Plus la température augmente, plus le domaine d’inflammabilité s’élargit).

1,4%, le plus petit pourcentage de vapeur SP98 qui s’enflamme est appelé la limite inférieure d’inflammabilité, et 8,7% le plus grand pourcentage de vapeur , la limite supérieure d’inflammabilité.

On parle aussi de limite inférieure et supérieure d’explosivité. C’est la même chose, mais pour les grandes quantités de vapeur, car le feu dans ce cas est très rapide et violent, donc sous la forme d’une explosion.

Le point d’éclair

Un liquide possède une température minimum où il émet suffisamment de vapeurs pour que celles-ci s’enflamment sous la présence d’une petite flamme appelée « Flamme pilote ». On appelle cette température , le « point d’éclair » du liquide inflammable, parce que l’inflammation se fait sous la forme d’une petite flamme brutale qui jaillit comme un éclair, mais si l’on retire la flamme d’allumage (pilote), le feu s’éteint .( - 40° pour l’essence SP 98 par exemple).

Le point d’inflammation ou point de feu

La température immédiatement supérieure au point d’éclair où le feu persiste au retrait de la flamme pilote d’allumage, se nomme « point d’inflammation ou point d’ignition ou de feu ». ( -30° pour l’essence SP98 par exemple).

Le point d’auto-inflammation

La température à laquelle un liquide s’enflamme tout seul, c’est-à-dire sans flamme pilote d’allumage, s’appelle « point d’auto-inflammation ou température d’auto-inflammation» ( Un peu plus de 300° Celsius pour l’essence SP 98 par exemple)

II L’intervention sur feu de liquide avec l’extincteur portatif

1 Prévenir les secours Tél 18 ou 112 ou n° interne de l’entreprise

2 Choisir le bon matériel : extincteur à eau + additif, mousse, poudre, ou Co2, en fonction de son équipement et de la formation reçue, qui doit obligatoirement prendre en compte les combustibles et installations de l’entreprise.

3 Se positionner tête en dehors de la fumée, vent dans le dos, et toujours avoir une possibilité de fuite en cas d’insuccès de l’extinction.

4 Attaquer le feu à une distance de sécurité :

  • Le liquide est très facilement projetable si l’on est trop près, et forme une boule de feu énorme dans ce cas. Attention aux apprentissages sur bac à gaz pédagogique, qui ne reflètent pas la réalité. En effet, si le stagiaire est trop près, il projette l’eau contenue dans le bac, qui ne s’enflamme pas, et il n’y a pas de boule de feu. Si c’était un vrai feu de liquide, le stagiaire serait brûlé !

 

  • Distance d’attaque en sécurité avec les extincteurs portatifs à eau + additif pulvérisée ou à mousse ( 3, 6 ,9 et 12 litres) :

3 mètres réels, pas moins !  Attention les stagiaires et parfois le formateur, évaluent mal les distances. Mesurer et faire une marque au sol en formation. On arrose en balayant très doucement le liquide en feu au plus près de soi. On laisse l’agent extincteur s’étaler tout seul. Cela peut prendre du temps (parfois plus de 10 secondes). Surtout pas de mouvement brusque qui ouvrirait une brèche de ré-inflammation dans le film flottant formé par l’eau avec additif, ou la nappe formée par la mousse. Prolonger l’arrosage au moins 4 secondes après l’abattage complet des flammes, pour refroidir l’environnement, et éviter toute ré-inflammation.

Attention : Si vous devez lutter contre des feux de solvants polaires (alcool, acétone, etc.) il faut demander à votre fournisseur des extincteurs à eau +additif spécial  ou des extincteurs à mousse avec émulseur spécial pour solvant polaire. Les solvants polaires  détruisent le film flottant , et la mousse des produits classiques.

 

  • Distance d’attaque en sécurité avec l’extincteur à Co2 (2 et 5kg)

1,10 mètre réel. L’extincteur à co2 ne porte efficacement pas loin. Il sera donc à préconiser sur les feux de taille modeste (moteur de véhicule, feu de surface généralement d’1 à 2 mètres carrés maximum ; 4 mètres carrés pour les appareils sur roues) et les feux d’appareils électriques où c’est la matière plastique qui devient liquide à chaud qui brûle.

La sérigraphie précise généralement que le diffuseur soit à plus d’un mètre surtout d’un conducteur électrique.

Si l’on est à plus d’un mètre dix, on arrivera pas à faire un nuage assez dense pour isoler la totalité de la surface du liquide de l’air ambiant.  Si on est plus près , la force du jet risque de projeter du liquide en feu.

Attention, le co2 bien que très froid (Co2 solide = neige carbonique à -78,5° et brouillard à -53° Celsius) a une capacité de refroidissement très faible car il ne reste pas plus de 2 secondes sur le liquide en feu. Il y a donc une grande possibilité de reprise du feu avec cet agent. C’est pour cela qu’il n’a pas le temps d’étouffer les braises des feux de solides, donc n’est pas certifié en classe A.

 

  • Distance d’attaque en sécurité avec les poudres (ABC et BC)

4 mètres réels avec des extincteurs de 4 à 12 kg de charge, pas moins !

Si vous êtes plus près, la boule de feu est assurée avec projection de liquide en feu sur l’environnement. Cela ne se voit pas avec les formations sur bacs pédagogiques à gaz !

On balaye la base des flammes et il faut arriver à former un nuage de poudre dense sur toute la surface du foyer. Sinon il y a ré-inflammation totale dès l’arrêt de l’arrosage.

 

Remarques

 

  • Les distances d’attaque avec les extincteurs de 1 ou 2 kg poudre ou de 2 litres à eau plus additif ou à mousse, seront ramenées à 2,5 mètres sur un feu de liquide. (sur un départ de feu de moteur de voiture, l’attaque peut être faite à 1,50 m du moteur capot ouvert, voire moins dans l’entrebâillement du capot .)
  • Les distances d’attaque sur feu de liquide avec les extincteurs mobiles sur roues seront déterminées par chaque fabricant en fonction de leur débit et diffuseur, mais jamais inférieures aux extincteurs portatifs.
  • Les extincteurs à co2 sur roues pour feux de moteur d’avion comportent une longue canne de diffusion permettant de positionner le diffuseur à l’entrée du moteur ou du réacteur.
  • Le sable contenu dans des bacs rouges et projeté avec une pelle, sert principalement à endiguer une fuite de liquide en feu ou non, en l’envoyant en aval du liquide pour arrêter son écoulement, et pas à l’éteindre. En effet les vapeurs de liquide passent entre les grains de sable et continuent à brûler… Si le liquide est contenu dans un bac, ne surtout pas jeter de sable , car il coulerait au fond du bac en feu et ferait déborder le liquide, propageant l’incendie.
  • Les bacs pédagogiques de formation à gaz ne reflètent malheureusement pas la réalité. Ce sont des appareils pratiques, peu polluants, très sécurisant pour les formations à la manipulation des extincteurs, et obligatoires, puisque l’on n’a plus le droit en France de faire brûler du liquide ou des solides pour formation en extérieur.

Lors de l’action du stagiaire (Sauf avec les extincteurs à poudre rarement utilisés sur les bacs à gaz), c’est le formateur, et pas l’extincteur du stagiaire, qui éteint le feu en relâchant la commande de l’électrovanne de gaz, quand il estime que le feu serait éteint.

C’est une appréciation du formateur, souvent guidée par l’économie d’utilisation d’ extincteurs, pour faire passer plusieurs stagiaires avec le même appareil. Cela ne reflète pas la réalité. Mais il faut impérativement que les formateurs soient conscients des vrais dangers des feux de liquides, et insistent sur les distances réelles de sécurité à prendre. La vie des utilisateurs d’extincteurs en dépend.

Alain P.

Professeur lycée des métiers de la sécurité



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